Une vie bouleversée

Publié le par Sandra


« Ma fille, ma fille, au travail, cette fois, ou je t'aplatis. Surtout ne va pas penser : ici, j'ai un peu mal à la tête, là j'ai un peu mal au coeur et pour l'instant je ne me sens pas très bien. C'est parfaitement indécent. Tu as du travail, un point c'est tout. Pas de rêveries, pas de pensées grandioses ni d'intuitions fulgurantes _ faire un thème, chercher des mots dans le dictionnaire, voilà ce qui compte. Encore une chose que je vais devoir apprendre, en luttant de toutes mes forces : bannir de mon cerveau tous les fantasmes et toutes les rêveries et faire un grand ménage intérieur pour laisser la place aux choses de l'étude, humbles ou élevées. »

« Lorsque je souffre pour les faibles, n'est-ce pas souffrir en fait pour la faiblesse que je sens en moi ? »

« Prendre au sérieux les choses du corps. Mais mon tempérament n'en fait encore qu'à sa tête, n'a pas trouvé d'harmonie avec l'âme. Je crois cependant avoir en moi un besoin d'harmonie dans ce domaine aussi. »

« L'occidental n'accepte pas la souffrance comme inhérente à cette vie. C'est pourquoi il est toujours incapable de puiser des forces positives dans la souffrance. »

Etty Hillesum,
Extraits du livre Une vie bouleversée, Journal 1941-1943

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